Les Conversations

Les Conversations de Paul-Marie Coûteaux n°67 - Colonel Etienne Sesmat : Ce qui a tué le petit Grégory, c'est ce qui tue la France

Publiée le 06/07/2025

Il m’a fallu du temps pour m’intéresser à "l’affaire Grégory", nom de l’enfant de quatre ans enlevé puis tué le 16 octobre 1984 à Lépange, petit village vosgien de la vallée de la Vologne, que l’on connaissait jusqu’alors par la richesse de son industrie textile. Affaire formidable, dont l’instruction est en cours depuis 41 ans et qui cette année encore connait un rebondissement spectaculaire avec la nouvelle audition d’une des parentes du "petit Grégory", Jacqueline Jacob, déjà mise en examen en 2017, remise en liberté pour vice de forme mais qui est plus que jamais le "témoin n°1" avec son mari Marcel Jacob. Intéressante en elle-même par la galerie de portraits qu’elle offrit tour à tour, l’Affaire, comparable par sa portée à l’Affaire Dreyfus dont elle est en quelque sorte le pendant, a fini par me passionner à mesure que j’en compris les incroyables plis et replis politiques - aussi acharnée que fut la presse française (et étrangère, car l’Affaire connut un retentissement mondial...) à les cacher à mesure qu’elles se révélaient. Pourquoi les cacher ? Parce qu’elles accablent la gauche française, à laquelle appartiennent la plupart des protagonistes (à commencer par l’acteur le plus discret, Robert Badinter...) capables de se liguer des décennies durant pour retarder la mise en évidence de vérités éclatantes, et, même, pour monter d’horribles diversions, au point que la trouble conjonction de ses bastions (le  journaliste, le policier, le juge, et l’avocat ), conjonction délétère qu’on retrouve en maintes affaires françaises, accusa longtemps la propre mère de l’enfant, Christine Villemin, laquelle échappa de peu à la mort et ne fut blanchie que neuf ans après son inculpation par "le petit juge" Lambert. Vérités qui aujourd’hui nous éclatent au visage : l’accablante partialité idéologique de services publics les plus essentiels, et, plus accablante encore, la preuve que l’on peut tuer un enfant, en France, par ressentiment social - vérité qui accuse la République elle-même, jusqu'à ses origines révolutionnaires… 

Chacun des deux interlocuteurs de cette conversation n'engage ici que lui-même. Relisons l’Affaire avec celui qui en fut le premier instructeur, alors capitaine de Gendarmerie, Etienne Sesmat, et qui en est aussi le meilleur connaisseur : son impartialité marmoréenne est, comme sa carrière que nous apercevons à grands traits, tout à l’honneur de la Gendarmerie Nationale : c’est elle seule, et celle de quelques magistrats héroïques tel "le Juge Simon", qui permit que l'Affaire Grégory livre peu à peu ses leçons. Etienne Sesmat, certes, ne prend pas partie : mais à ceux qui l’écoutent, que de leçons précieuses pour, comme disait le général De Gaulle, "rendre la France à elle-même - d’autant précieuses que cette immense affaire, ô combien emblématique des maux qui accablent notre pays, n’est toujours pas close. 

Les Conversations de Paul-Marie Coûteaux avec Hervé Juvin n°77 (1ère partie) - Mesurons-nous les effets du basculement du monde ?

Publiée le 08/02/2026

Voici trois ans, Hervé Juvin, alors député européen au Parlement européen, prononça devant le Cercle Eleuthéria une conférence sur l’Inde moderne. Je fus frappé par l’extraordinaire curiosité avec laquelle il avait plongé dans ce pays et l’avait appris dans sa profondeur ; plus frappé encore quand je découvris que ce Breton attiré par les grands voyages connaissait tout aussi profondément d’autres pays du monde, la Chine aussi bien que le Mozambique, puis d’autres pays encore, asiatiques ou africains - tout cela aussi bien pour nourrir ses ouvrages d'ordre philosophique (plusieurs sont publiés chez Gallimard sous les auspices de son ami Marcel Gauchet), que pour ses activité de conseil international. Il fréquente ainsi élites et gouvernements, leurs prodiguant des conseils, principalement en matière agricole, toujours inspirés par la connaissance intime des civilisations  - "par la peau" comme il aime à dire. Dans cette première conversation, il relate son enfance bretonne, son attrait pour le grand large, ses découvertes : on apprend qu’il ne faut pas traiter avec des dirigeants ou hommes d’affaires chinois comme on traite avec des Indiens, ou des Africains de l’Est, et par-dessus tout, combien de promesses recèle le monde, qui a basculé sous nos yeux, sans que nos contemporains ne s’en rendent compte, dans une distribution entièrement neuve de la puissance politique et économique à travers - de la puissance culturelle aussi, ce qui pourrait bien rebattre les cartes dans les décennies à venir. A coté de cet homme stupéfiant d’érudition et d’ouverture, combien minuscules paraissent nos "élites" europhiles (dont il a vu quelques échantillons au Parlement européen...) qui, enfermés dans la vieille gangue euro-atlantique, ne voient plus le monde et ses rivages neufs - ils ont perdu la "richesse des mondes"...